Cet univers nouveau me trouble, me dérange, me captive. Je m’étais fait une musique sans m’en rendre compte et les ondes de l’orchestre la contredisent. Peu à peu Auric triomphe de ma gêne absurde. Ma musique cède la place à la sienne. Cette musique épouse le film, l’imprègne, l’exalte, l’achève. Jean Cocteau À n’en pas douter, La Belle et la Bête est l’un des plus grands chefs-d’œuvre du cinéma français de la Libération. Réalisé par Jean Cocteau, lui-même assisté par René Clément, tourné en août 1945, ce film réunit les principaux talents du moment. Lorsqu’il adapte le conte de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, Jean Cocteau pense simultanément le scénario et la mise en scène, qu’il souhaite inscrire dans un univers visuel très précis. À la fois hommage aux grands maîtres de la peinture néerlandaise du xvii e siècle, tels que Pieter de Hooch ou Johannes Vermeer qui découvrent alors l’usage de la camera obscura, La Belle et la Bête emprunte aussi à l’art de la gravure du xix e siècle, avec Gustave Doré. Et c’est la lumière directionnelle de ces gravures qui guide l’œil d’Henri Alekan, chef opérateur, quand il braque ses projecteurs sur les décors de Christian Bérard.