Chorégraphie d'État

📍 Théâtre National de Chaillot - Salle Firmin Gémier · Paris

Chorégraphie d'État
Avec Chorégraphie d’État, Tania El Khoury aborde la chorégraphie comme une forme d’analyse, qui lui permet de mettre à jour un schéma : ce qui est perçu comme un ensemble de cas isolés et accidentels de violence perpétrée par l’État est en réalité conceptualisé et répété selon une dramaturgie calculée. Pour cela, l’artiste rassemble les différentes formes sous lesquelles la chorégraphie est notée et archivée – textes descriptifs ou poétiques, dessins schématiques, systèmes d’analyse du mouvement, vidéo – et les utilise pour annoter des incidents de violence étatique. Dans l’espace de l’installation, la présentation et diffusion de ces éléments coexiste avec la performance, plaçant le public en position de témoin, en situation de vigilance. Ce projet est le nouveau chapitre d’une œuvre qui – depuis plus de dix ans – travaille l’interactivité avec le public et rend visibles les abus de pouvoir qui façonnent nos vies quotidiennes et politiques. Tania El Khoury a ainsi abordé les violences de genre dans Maybe If You Choreograph Me, You Will Feel Better (2011) ou l’instrumentalisation politique du réseau électrique libanais avec The Search for Power (2018). Pour Chorégraphie d’État , elle s’inspire notamment des mouvements de protestation dans les lieux publics et des tactiques d’autodéfense. Au fil de ses activations dans différentes villes et différents pays, le projet est adapté — en collaboration avec des danseuses — afin de créer une mémoire collective de la violence étatique et de sa résistance, à travers le langage du mouvement. Vincent Théval Quel est le point de départ de ce travail ? Chorégraphie d’État prolonge mon intérêt pour l’exploration du potentiel politique de la performance comme pratique de production de savoirs. Le projet envisage la chorégraphie comme une forme d’écriture analytique capable de produire des preuves des abus de pouvoir étatique. Mes recherches portent sur l’industrie mondiale du maintien de l’ordre, en particulier sur les pratiques policières dans l’espace public. Les prétendus efforts internationaux de « lutte contre le terrorisme » se traduisent par des programmes d’échange et de formation entre agences de maintien de l’ordre du monde entier. Cet effort global de suppression des contestations, en particulier celles menées par des communautés racisées historiquement marginalisées, vise à considérer la dissidence et la protestation comme des menaces sécuritaires et les manifestants et manifestantes comme des ennemis à neutraliser. Ces échanges cycliques révèlent le renforcement mutuel de paradigmes policiers fondés sur la racialisation.

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